La femme Bruni

Un dialogue d’Aliette Griz et Mirabelle

– Tu as vu que Carla Bruni s’explique, après que soient sortis (de leur contexte) ses mots à paraître dans un Vogue. La génération de la réaction anticipée, le virtuel en avance sur la presse écrite, l’avance se creuse.  C’est amusant de lire que Carla Bruni n’est pas féministe, et qu’elle est bourgeoise, je trouve ça très distrayant (environ 30 secondes), d’autant plus que le Vogue, n’est pas sorti. (Mais la polémique, si.) Read More

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conversation à décharge avec Serge Dassault

Un trilogue de Serge Dassault,  Ana María Primo et Aliette Griz

– On veut un pays d’homos ? Dans dix ans y’a plus personne, c’est stupide.

– Serge, Serge, ne sois pas si dur. Toi, tu ne seras plus là dans 10 ans, mais songe que les homos qui ont aujourd’hui 20 ou 30 ans, ou même 70, te survivront en 2023. Sans compter les homos en devenir ; les enfants de couples homos qui, par la force des choses et respect de la tradition, le deviendront aussi, évidemment, mais également les enfants de bonne famille qui, par excès de pesticides et de jeux vidéo, verront leur capacité de retenue submergée. Read More

Skyfall

Un trilogue d’Aliette Griz, Ana et Yelyam

– Quand il m’a invitée à aller voir Skyfall, genre date (prononcez daïte), j’ai souri : il n’avait pas changé. GAB à jamais. Grand Ami des Blockbusters. C’est touchant. Malgré les années, et les débats sur j’aime-pas-les-produits-mega-calibrés-de-masse-point, il insistait. Grâce à lui et à ses dates, j’ai vu plein de megasuccès, avec des megagens, megacontents, ambiance on ne se connaît pas, mais on mâche tous nos pop-corns en bande, on rit, ricane tous en cœur, larmes et gorges raclées d’émotion, c’est formidable.

– J’ai pas du tout envie de voir James Bond. C’est un macho des années ‘60. Je comprends que tous les mecs que je connais aient envie de le voir, mais je suis indifférente à l’œuvre. James Bond c’est le Ken de la Barbie des filles. Et je suis trop grande pour continuer à jouer à la poupée…

– (Parce que sans lui, le cinéma, c’est beaucoup moins rigolo. C’est moi, seule, ou presque, dans une petite salle, devant un film dont plus des trois quarts des gens que je connais n’ont jamais entendu parler. 90 % ? 100 % ? Je pleure aussi, je ris, un peu. Discrètement. Je ne mâche rien. Parfois même je m’endors et je ne comprends plus rien en me réveillant.)

Moi, j’aime le beau James, tout le produit. Je ne vais plus au cinéma, une sombre histoire dévertébrée S1-L5 ; aucune importance, je regarde le produit sur ma vieille 4/3 catho.

De plus loin que je m’en souvienne, James Bond a régulièrement changé de tête et de corps, de réalisateurs et de scénaristes. Mais ça n’empêche pas la foule de suivre. (Et aussi parce que les Majors font un excellent travail de capture de l’espace public : James Bond est partout. On en parle partout. Avant. Annoncé. Pendant. Les écrans colonisés. C’est un véritable produit de guerre à l’assaut des salles.)

– Bien sûr, les mœurs du beau James sont lamentables ; bien sûr, elles sont enviées par les séducteurs de peau douce et les dieux du scénario n’hésitent pas à punir impitoyablement toute femme qui énamoure le bel homme. Mais ses mœurs de réseau social n’entament pas son capital sympathie, auprès de moi en tout cas. Même lorsque ses coups de cœur condamnent, prévisiblement, sa belle du jour aux foudres du mari cocu, comme dans Demain ne meurt jamais, je ne lui en veux qu’un peu, à peine. Jamais en-dehors de cet écrin.

– Toison d’Or, 20h. Un certain type de spectateurs so attachés à James Bond comme à une sorte de symbole du cinéma d’espionnage british qu’il-ne-faut-pas-manquer, se regroupe. Ambiance ils-sont-tous-des-petits-James-Bond. Les garçons en simili smoking, et les filles, en pseudo copie des girls. (Les filles, un peu décevantes. La James Bond Girl se doit d’être un peu provocante. Il ne suffit pas d’abandonner son jean pour faire l’espionne.) Le GAB et moi, on n’est pas déguisés. Je regrette un peu. (Tant qu’à aller au Blockbuster, autant en faire des tonnes.) Mais on a des pop-corns.

– Un de mes amis est fan de James Bond. Il m’a dit qu’il irait. J’ai répondu “Sans moi !”. Il a rétorqué : “De toute façon je ne t’avais pas invitée”.
Rien de méchant dans sa réponse : simplement, c’est un ami de longue date qui connaît mes (dé)goûts et me laisse tranquille.

– Action. Illusion. Ça commence. Les êtres humains sont des marionnettes, qui meurent souvent, et ressuscitent parfois (mais sans faire pleurer ni endormir). Il faut reconnaître que les corps des acteurs de films d’action ont des ressources, même s’il faut savoir dépasser l’implacable réalisme de nos limites matérielles. (Tout corps projeté sur le toit d’un train a droit à plusieurs vies. Toute foule traversée par des engins motorisés à donf s’écarte comme la Mer rouge.)

– Rien de bien nouveau sous le soleil de l’aventure, sauf. Sauf que. Ce James Bond, réalisé par Sam Mendes, plus connu pour ses films semi-critiques (American Beauty, Revolutionary Road) ou semi-Hollywood (Cabaret) que pour ses films d’action se pose des questions.

– A l’heure où le film d’action sait qui est méchant, le dit, le montre (bien souvent étranger, et parfaitement identifiable en matière de nationalité, religion, méchanceté. Le lien entre les trois étant parfaitement établi et vaguement révoltant…), on peut se réjouir d’échapper à la paranoïa habituelle. Nul complot planétaire. Une tentative de renégocier les paramètres de la lutte pour le bien.

– James Bond est une série qui s’étend sur plusieurs décennies et dont chaque épisode est travaillé comme un long métrage. C’est comme ça que je le vois. Après les premiers Sean Connery et son sale con de macho (oui, messieurs, vraiment c’est une tache ce James Bond. J’ai d’ailleurs mis des années avant de retrouver l’envie de retrouver Sean), le feuilleton a vraiment commencé avec Roger Moore, le James Bond nettoyage à sexe.

– M, la chef, a accumulé les décisions à double tranchant. Elle est controversée, responsable de la mort d’hommes de terrain. Sa hiérarchie, ses collaborateurs et son passé l’assaillent de reproches et le remords n’y peut rien : elle a fait son temps. Face à elle, le méchant. C’est un ignoble, comme d’habitude. Un peu fou, on ne peut pas échapper à tous les clichés. (Dommage pour les fantasmes : Javier Bardem ressemble à un genre de clown blond à l’orientation sexuelle incertaine.) Un homme qui “fait peur”, dit-on. Mais aussi un homme qui veut qu’on l’aime. Et qui aime. Qui aime toucher. Les hommes. (Oui, ce James Bond est gay friendly). Les femmes âgées. (Oui, ce James Bond est Freud friendly). C’est un méchant tendre en quelque sorte. (Et cruel. Et autodestructeur. Mais surtout mal aimé.)
Sans objectif de destruction massive.

– Bond lui-même, n’est plus le flegmatique-agent-à-braguette sans une once de négativité. Le choix de Daniel Craig avait déjà contribué à sortir le personnage des sentiers beaux gosses à belle gueule, et Sam Mendes a, pour un temps du film au moins, sacrifié au gagnant-gagnant-qui-ne-perd-jamais, pour ramener le personnage dans des sentiers moins élitistes : l’alcool et l’âge sont des destins comme les autres.

– Avant que je ne lui fasse part du côté vieille école de James Bond, le tombeur de ces dames, toujours impeccable, il a tenu à me préciser que James Bond, avec les années, changeait non seulement de tête mais aussi de style. Qu’il était même jusqu’à tomber amoureux dans un dernier opus….
Alors bien sûr, je me suis mise à rêver… Un James Bond so “21ème siècle” en lieu et place du James Bond poussiéreux ?

– Les James Bond se suivent et s’améliorent ; j’ai hâte de découvrir le suivant et le tourment qui l’attend. La part des ténèbres va-t-elle l’engloutir ? Je m’interroge un peu plus à chaque épisode, mais ce n’est pas ce qui me fascine le plus dans la série ; c’est la franchise qui déborde de professionnels de tous bords. Les gens du métier viennent se mesurer à la légende et récolter les tunes presque garanties. C’est l’effort collectif que chacun fournit pour sortir de ses sillons et s’aligner sur les codes de la série qui m’emballe, plus que la braguette d’un ringard.

– Ça se termine. On a ressorti (et détruit) l’Aston Martin des premiers James Bond. On a un peu perdu la tête, mais tout se restaure. Les GAB sont contents. James Bond a (encore) gagné. Je me relève et piétine vers la sortie, aux côtés des fans de toute heure. La première. Ou la dernière. Chaque individu a droit à son heure de misère. Il n’y a plus de surenchère de la justice. Les symboles explosent comme des pop-corns. Je ne me plains pas.

– Regardez, par exemple, Adele, la femme qui hurlait à l’oreille des bovins, eh bien, vous le croirez ou non, mais elle a co-écrit et composé pour Skyfall une belle chanson sombre et lyrique (je n’écoute presque jamais les paroles en anglais), contenant les trois petites notes mineures caractéristiques de 007, et, attention !, sans hurler (un peu vers la fin, mais je ne me plains pas.)

– Après sa séance de cinéma, mon ami m’a dit : je n’ai pas aimé. Le film n’était pas terrible.

– Qui donc avait vieilli pour ainsi se retrouver dans cette déception ? Mon ami, qui ne se rêve plus en super-héros glamour ? James Bond qui ne parvient pas à faire rêver quand il fait preuve de sentiments et de modernité ? Est-ce que la modernité de James Bond signe sa condamnation à devenir un “has been” ? Relique ancienne que l’on exhumerait de temps en temps “au souvenir du bon vieux temps ?”
Un temps bien dépassé.
(Je ne me plains pas.)

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le contrat social a un canif planté dans le ventre

Un monologue d’Ana Primo et Aliette Griz

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la vision paternaliste était d’avis et d’accord avec elle-même que les travailleurs pouvaient faire d’excellents consommateurs, pour peu qu’on leur en donnât les moyens ; à la trappe et au long feu cette vision paternaliste. Le Marché, assis à la droite, à la gauche et à la place du Père, décréta que, puisque l’individu était passé maître dans l’art de la consommation, il trouverait bien en lui les ressources pour consommer avec moins et créa le surendettement.

La première fois que j’ai été en rouge sur mon compte, j’avais des joues rouges, et des jeans largement usés, j’aimais lire, j’aimais déjà écrire, j’aimais avoir une carte bleue, et je ne comptais rien. Ni mes dents, ni mes livres, ni mes sous.

Après tout, c’est l’État qui s’était engagé à assurer un certain niveau de protection sociale. Le pouvoir financier, lui, ne connaît qu’une vérité absolue, la liberté.

Avoir une carte bleue, c’était une liberté. (Que j’allais payer cher, inévitablement.) Je voulais acheter des choses dans les magasins, quand on habite en ville, on finit toujours par entrer dans un magasin, et se dire qu’il faut absolument acheter quelque chose. Tout allait formidablement bien, la carte entrait dans les machines, je tapais un code (quand je m’en souvenais, parfois, j’avais un blanc). Mais par la suite, ça s’est corsé. (On m’a arraché deux dents et j’ai fini par voler des livres.)

À la vision pragmatique d’une société libérée de la guerre et vivant dans des conditions d’harmonie suffisantes pour titiller la mécanique des caisses enregistreuses a succédé la quête de l’impossible perfection du marché délivré de toutes ses chaînes.

S’enfoncer avec souplesse dans les fentes afin de m’apporter mon shoot. Il suffisait d’appuyer quatre fois sur des chiffres aux combinaisons évocatrices. (1664, tu situes ?) J’avais des goûts assez simples (des dents en assez bon état) : oripeaux mes amours, livres mes chéris, disques mes amants. (Et bière à volonté). Mais l’argent manquait. Souvent. Très vite, la carte a été refusée.

Quelle liberté ? La libre entreprise n’existe que le temps d’un soupir, celui nécessaire pour que la concurrence batte à plates coutures son plein d’entrepreneurs bouffés par les conglomérats, les monopoles et les petits arrangements entre amis qui vampirisent les parts de marché.

Fallait-il déménager ? Émigrer dans un pays moins consumériste ? (Ce n’est finalement pas ce qui manque…) Renoncer à la possession. (À part être possédée, je n’avais pas besoin de grand-chose).

Pour ceux qui reconnaissent qu’il est préférable de mettre des ressources en commun afin de construire des routes et des hôpitaux, ces pauvres naïfs qui n’ont aucune vocation conglomérante ni aptitude, non plus, à travailler à la mine, ce climat d’instabilité créé par la cupidité et le cynisme de qui a assez d’entrées partout pour détruire et réclamer des fonds pour reconstruire, est un couteau planté dans le dos.

Le rouge. Couleur de la honte. Des fins de mois difficiles. Des débuts de mois sans. De toutes les débâcles. Du sang qui ne coûte rien. Des mises en garde répétées, des fiches de paye non acquittées, des factures imprévues, des dettes trop prévues, des folies passagères, des misères de principe, des soldes blockbusters, des étés salés, de toutes les saisons d’amour, rouge aux joues, et banque au cul.

L’organisation de la cité est phagocytée par la liberté du marché qui ne sert que les intérêts de ceux qui la défendent. Pourquoi d’autres n’ont-ils pas imposé un modèle plus viable ? Parce que la vie se joue ailleurs ? Cette porte-là est fermée. Le luxe de se laisser couler dans le fleuve qui descend n’existe plus.

Les Marchés s’écroule(ro)nt, les multi n’ont plus grand-chose de national, les comptes se truquent, l’argent brille par son absence. Restent les gens. J’ai rencontré des tas de gens, qui adoraient consommer, et d’autres (autant au moins) qui détestaient. Certains étaient persuadés que le Capitalisme nous pourrissait la vie (les dents). D’autres, qu’on n’était pas si malheureux que ça. On peut encore boire des bières, en comparant les mérites des brasseurs. (Guinness is good for you.)

Buvons. Et mangeons. Et rions, les dents blanches.

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Boris Vian – La Complainte du progrès

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