le mariage pour et contre tous

Un monologue de Aliette Griz

Je reçois, oui, j’ai reçu des messages dans ma boîte mail privée, de plus ou moins proches français, qui m’envoyaient habituellement des emails distants, polis, désintéressés ou inintéressants, CONTRE le projet de loi Taubira.

La première fois, j’ai lu “mobilisez-vous, blabla, mariage blabla, France, blabla”, et j’ai cru qu’il s’agissait de sympathiques factions en faveur du mariage.

Tiens, ces contacts, avec qui les correspondances étaient toujours neutres, se sont politisés, me suis-je dit en regardant par la fenêtre, et en rêvant à un mariage en fanfare. (Parce, que, je l’ai écrit cent fois, j’aime les mariages.)

Et puis, à force : j’ai quand même fini par remarquer que la mobilisation n’était pas en faveur, du mariage, mais CONTRE. Pour empêcher cette loi de passer.

Tiens, je me suis dit, un peu moins les yeux dans les nuages, je connais des gens qui n’ont rien compris à la question.

Mais, bienveillante et opposée aux fâcheries inutiles entre plus ou moins proches qui s’envoient des emails plus ou moins neutres, je n’ai pas répondu. (Ça aurait pris trop de temps. Mon problème, c’était le temps, pas la politique française.)

Et puis, un jour, un matin : ce matin. Je me suis rappelée que si j’avais un clavier, des contacts, et des plateformes, c’était peut-être aussi pour l’ouvrir, ma petite gueule, dans des moments pareils.

Mais, amis et proches, que m’écrivez-vous ? Pourquoi vous acharnez-vous à défendre une idée du couple, de la famille, de la filiation, qui n’est pas remise en cause par une loi, qui permettra simplement à d’autres, de se faire leur propre place dans le système. Ne confondez pas tout, les amis et proches aux emails qui se politisent.

Votre idée de la famille vous appartient, et tant mieux pour vous si elle vous apporte la satisfaction que chacun se doit d’avoir, l’accord minimal entre soi et son monde. Votre idée de comment une femme et un homme constituent une cellule de base qu’on ne remet pas en cause (c’est dans la Bible, alors…), quand on parle de famille, est valable.

Votre idée de la filiation vous tient à coeur, tant mieux. Il y a de belles histoires de famille. (Et d’autres, moins réussies, mais je ne suis pas là pour régler des comptes, les miens ou ceux des autres.) Admettons que la famille, c’est un point de repère. Par contre, cela n’est pas nouveau, la famille, c’est devenu à géométrie variable, et tout ce que vous avez toujours entendu sans jamais vouloir (pouvoir) constater que ça existe effectivement : n’importe qui fait des enfants n’importe comment, c’est pas croyable : et bien, oui, ça existe, et c’est comme ça.

Nous vivons une époque exaltante de remise en place officielle des équilibres humains, qui ont déjà bougé depuis longtemps dans l’officieux. Les homosexuels sont en couple et ont des enfants. Depuis longtemps. Les hommes et femmes qui veulent des enfants finissent par en avoir, grâce à des techniques qui pallient aux manques des corps concernés. Ce n’est pas nouveau. Les êtres humains sont égaux. On le dit.

je ne vis plus en France depuis plus de dix ans. J’y viens souvent, voir ma famille, mes amis, et je reste attachée à des paysages,  une intelligence hexagonale, un peu de parisianisme, beaucoup de provincialisme, et aux accents qui, maintenant que je parle le belge, me semblent presque exotiques.

Quand le débat a commencé : un projet de loi pour le mariage homosexuel, j’ai pensé que c’était parti, on allait débattre, un peu, s’amuser, beaucoup, et voter, à la folie. Les mobilisations étaient fortes,  pour une fois, on vivait un peu quelque chose d’historique : la France, qui n’aime pas tellement ça, se modernisait. Une certain France qui a tellement de mal à parler anglais, à se mettre à l’informatique, à changer les régimes sociaux ou administratifs qui lui sont propres, se lançait dans le vingt et unième siècle déjà un peu entamé, et bouchait des coins, avec des droits.

C’est dans l’ordre des choses.

Mais, la mobilisation, très vite, presque tout de suite, a pris un cours que je n’attendais pas. Aux vieilles querelles droite / gauche qui paralysent en général le pays, en fonction des gouvernements : non aux idées de ceux qui gouvernent, s’est substituée une opposition qui se constitue principalement sur des préceptes “philosophiques”pour ne pas dire religieux. Il y a des gens qui ont prié la Vierge Marie devant l’Assemblée Nationale pour empêcher que la loi soit votée. La Vierge Marie ? Elle a un avis sur la question ?

La religion a un avis sur la question ? Tant mieux. Mais qu’elle s’exprime là où elle se pratique, entre des murs appropriés aux prières qui résonnnent sous des voûtes et un Christ encensé. La loi, elle, se contentera de l’objectivité des hommes.

Amen. Et surtout, ne m’envoyez plus ce genre d’emails. Ou alors, écrivez-moi quelque chose qui me fasse encore un peu rêver, si vous voulez qu’on se parle de-tout-ce-qui-sort-du-neutre de nos courriers précédents.

Je ne me fâcherai pas, je ne me fâcherai pas, je ne me fâcherai pas, je ne me fâcherai pas, je ne me fâcherai pas…

Les petites gueules t’invitent à jouer le jeu de la communication addictive en cliquant sur SUIVRE pour t’abonner.

shot_1325948336402

©EncoreUnePhotoPriseAvecUnTéléphoneDansUneCrèche

Publicités

Un commentaire

  1. cee · février 19, 2013

    oué mon Grizbouille.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s