futile utile

Un monologue de Julie Laffin

«L’essentiel est invisible pour les yeux», Saint-Exupéry, Le Petit Prince

Comment ça Antoine?? C’est super essentiel de porter fièrement à son bras un sac vintage YoSL avec les dernières MiMi qui font frétiller de plaisir nos petits petons délicats!

Ne dit-on pas, «être à l’aise dans ses baskets», «être dans ses petits souliers», «en avoir plein les bottes» ou même en anglais «to be in somebody’s shoes»? Comme si nos pieds étaient directement connectés à notre état d’âme et à notre humeur.

(S’il te plaît Chris, dessine-moi des Loumouton…)

La chaussure, ah la chaussure, elle ne sert pas qu’à porter nos pieds là où ils doivent aller! Elle sculpte, galbe le mollet, transforme la démarche, sublime la silhouette surtout quand les talons sont hauts, très hauts.

La chaussure exalte notre féminité, notre sensualité. Objet de convoitise, de désir, de séduction, elle a un véritable pouvoir enchanteur.

Mettez un tailleur Chacha avec une paire de chaussures banales, c’est le flop assuré. Alors qu’une simple petite robe vintage dénichée chez un fripier accompagnée de THE PAIRE et c’est la classe ; pour un peu on se prendrait pour Audrey Hepburn devant les vitrines de chez Tiff’s. Inutile de le ressasser, prenons-le pour compte, l’accessoire sublime le vêtement, il magnifie la simplicité.

Bon, d’accord Antoine, je te vois venir avec tes gros sabots, il n’y a pas que ça dans la vie, il n’y a pas que le futile, mais quand on peut lier le futile à l’agréable….

D’ailleurs si l’on regarde bien, futile, utile, un seul petit « F » les diFFère, pas de quoi en Faire un Fromage.

Se sentir belle, se sentir féminine, désirée ne veut pas forcément dire que l’on ne se muscle pas la cervelle aussi! La recherche de l’esthétisme ne signifie pas que l’on ne cultive pas une profondeur intérieure.

Il y a encore quelques années, les femmes portaient des chapeaux et des gants. L’élégance était partout, et la rue ressemblait à un défilé de mode permanent. Aujourd’hui, le “confort” prime avant tout. Les baskets envahissent les trottoirs, ça doit donner l’impression de faire du sport…

Culpabilité versus Plaisir? Ca va durer encore combien de temps ce sempiternel dilemme? Chaque action doit-elle être forcément et systématiquement soumise à  “l’analyse psychologique et raisonnable” ?

Mais ne passons pas à côté de l’essentiel, qui, tu as raison Antoine est invisible pour les yeux et revenons à nos moutons. La futilité, la légèreté sont essentiels aussi à l’équilibre, et n’altèrent en rien la profondeur de notre conscience. Ils sont un refuge, une plage de respiration, justement dans la conscience, le raisonnable qui nous harcèlent sans cesse. Un peu de liberté, que diable !

Le yoga, très en vogue pour nous occidentaux-boder-line-sous Prozac, prône le lâcher prise. Quoi de plus efficace qu’un bon lâchage pour de belles étoffes, de sublimes souliers ? Certes, le banquier ne nous dit pas merci, mais c’est bon pour notre santé ! (bon d’accord, il s’en fout royalement…)

La preuve est scientifique. Le plaisir est un facteur de stimulation de la dopamine (vision), de la norédraline (état d’envie), de la sérotonine (va réduire les “obstacles” à l’achat et concrétiser les raisons positives). Ce qui a pour effet et conséquence psychologique l’hédonisme, plaisir, bonheur, désir permanent, l’onirisme, le possible inaccessible devient…accessible, le narcissisme, admiration, reconnaissance de l’ego.

Et l’essentiel, Antoine, dans ce monde de brutes, c’est de se faire plaisir !


suivi de : Les pieds dans le plat par Vanina Platine

Il y a des femmes qui s’imaginent qu’une nouvelle paire de chaussures aura le privilège de renouveler leurs personnalités. (Hautes, les pompes.) On peut évidemment se réjouir qu’une telle légèreté les emporte, à l’ère des multiples dangers d’auto-implosion du système (boum!), et que l’achat compulsif constitue un des signes tangibles que la civilisation capitaliste reste sur pieds (si je peux me permettre).

Eh regarde ! C’est là que c’est le plus facile, matériellement, regarde ! c’est là que les vitrines se remplissent et se vident, que les femmes passent par la case des passages obligés pour être ou ne pas être la plus belle, parce qu’elles le valent bien…

Est-ce que je suis devenue complètement aigrie à force de culpabilité sur être ici et maintenant ? Oui. ça m’énerve, souvent, le luxe. Tout ce qui touche au luxe me semble vite déplacé, alors qu’il paraît que les artisans qui sont derrière sont aussi des artistes, et que l’indécence n’en est qu’une des faces, avec l’envie de jouer un peu, et de donner aux êtres humains qui y auront accès, des clefs pour vivre avec leurs temps. (Courir tout nu dans la forêt n’est plus vraiment à l’ordre du jour, il faut le reconnaître.) Clefs d’apparence, certes, mais en escalier, ça s’appelle des tendances, ça commence tout en haut de la pyramide de la création, et ça descend vers la rue. Sachant que parfois, c’est aussi une réinvention de ça, le luxe va fouiner du côté des femmes qui marchent dans les rues avec leurs habits de tous les jours, il s’engouffre dans les laissers-allers qui se croisent, et recrée le tout  à la sauce chichis. (Copieur!)

Et ça, presque, je comprends. Parce que ça fait du bien de marcher avec celles qui défilent pas, et qui sont renversantes quand même.

Alors, parfois, quand je suis un peu moins à cran sur la question, je vais passer l’après-midi avec ma copine qui vend des chaussures et des sacs à main dans la galerie de la toison d’or. Et je les regarde arpenter les tapis du magasin, les yeux collés à cette silhouette qu’elles doivent sans cesse reconquérir, et plutôt que de leur botter les fesses, je reconnais qu’elles sont belles, c’est vrai, et leurs sourires sont rayonnants, et ça ressemble à une sorte de biopic du bonheur.

Évidemment, quand elles me demandent mon avis, en attente de réassurrance sur la folie du moment, j’évite de sortir tout le discours militant de la chienne que je suis, et j’approuve, oui j’approuve. Et même, je leur propose un cirage, qui permettra l’entretien, et l’imperméabilisant, qui évitera les soucis : attention à ne pas être éclaboussée.

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2014-09-008

©EncoreUnePhotoPriseAvecUnTéléphoneDansUneRue

3 commentaires

  1. Gilles VIDAL · avril 13, 2014

    Le futile est vital, et l’utile me tue.

    Je joue avec tes mots, et je mettrais bien, moi aussi, les pieds dans le plat…
    Petit capharnaüm d’idées.

    UTILE

    En passant dans le métro, je vois des types avec un gilet orange fluo sur lequel on peut lire: « régulateur de flux ». Dans le flux, je me demande si je suis gênant, si je suis utile.

    L’utile est aux commandes. L’utile pilote tous les appareils, contrôle toutes les manettes. Il énonce le futur, il est incontestable. Il est vrai qu’il répond depuis quelques temps déjà à une définition qui le réfère à la vitesse, la rentabilité, l’efficacité. Définition qui, soit dit en passant, à donné naissance aux formes les plus sophistiquées, efficaces et rentables d’écrasement de la dignité humaine – de la vie, aussi. Mais une société efficace ne s’embarrasse pas de mémoire inutile. Il faut aller de l’avant. Aller de l’avant, et vite! Partout, même à l’école maternelle, à l’université, à la maternité, même à l’hôpital, virez-moi ces rêveurs! Trouvez-moi des ingénieurs. Où en sont les objectifs? Faut pas perdre son temps inutilement. Par la démarche qualité, on améliore, sans trainer, la qualité. Vite apprendre à marcher, vite apprendre à lire. Pour, plus tard, marcher vite et lire vite. C’est utile, dans la vie. Pour le « burn out », quand ça a cramé dans ta tête, on a des solutions: les thérapies brèves, c’est efficace. Tu pourras retourner au boulot rapidement, sinon ça va se voir. Et surtout, tu parles pas de dépression, tu passerais pour un mollasson. Ca n’est ni bon pour la production, ni pour la consommation. Ca pourrait donner l’idée que t’es plus très utile.

    FUTILE

    Je suis convaincu que le vêtement – mais aussi l’accessoire et le bijou – est tout sauf utile, tout sauf futile. Il entretient un rapport intime à l’essentiel qu’il donne à voir.

    Le vêtement est une seconde peau travaillée par la culture, une interface. Limite/zone d’échange. Etrange processus mutant, greffe, métamorphose, fusion du corps et de l’objet qui parvient « plastiquement » à faire partie de notre identité dans le regard de l’autre / dans le miroir / dans nos éprouvés les plus profonds. On peut le considérer comme un prolongement du corps, mais plus encore: il est marqué par un double statut intra-extra territorial, d’objet extérieur et de Soi, de chose et de vivant. Selon les contraintes « écologiques » il peut devenir carapace, exo-squelette. On peut lui reconnaître les fonctions d’organe de communication, ainsi que de zone érogène. Il est aussi la seule enveloppe du corps permettant de jouer en toute liberté sur l’identité sexuée. Sur son feuillet intérieur, il est tourné vers la peau, en intimité avec l’intime. Sur son feuillet extérieur, il s’adresse à l’autre, dans la séduction et la relation érotique, mais aussi dans le rapport social et politique.

    George Sand, qui provenait d’une double ascendance aristocratique et populaire, avait engagé son oeuvre littéraire et sa vie personnelle pour soutenir la cause des femmes. Elle fit scandale en habillant son engagement, modelant son apparence avec des vêtements d’homme, fumant du tabac, s’arrogeant le droit d’utiliser les attributs masculins. Elle montrait par sa tenue, qu’elle n’était pas tenue à l’ordre des hommes, elle s’emparait de leurs prérogatives. Ce n’était pas une pose, mais une métamorphose. Ce n’était pas utile, mais essentiel.

    La mise, la tenue, l’élégance, ont parfois pour fonction de soutenir la dignité. Elles peuvent étayer le narcissisme dans ce qu’il a de plus essentiel. L’humiliation, la négation, la destruction de l’autre en tant qu’égal et semblable ont souvent pour geste premier de le priver de ses vêtements, de l’affubler de tenues ridicules, ou de lui interdire l’usage d’attributs qui deviendront ainsi le symbole du maître.

    Pour se soutenir, vivant, dans l’existence, il n’est pas inutile d’entretenir un rapport à la beauté. Elan vers la beauté, désir de transcendance. Beauté d’une oeuvre musicale, d’un texte, d’un regard ou d’un geste, beauté d’un paysage, on prend en soi ce qui nous entoure, et le plus immédiat voisinage est celui du vêtement. Une harmonie symbiotique se crée entre le corps et les ornements dont on l’habille. Harmonie de relation entre la peau et l’étoffe, harmonie de formes et de lignes, harmonie de mouvement aussi car selon son rythme propre on porte plus ou moins bien certains tissus, certaines coupes. Composition et chorégraphie. Plaisir d’être-là, dans l’acte de présence physique et dynamique du corps sexué, dans une relation à soi et à l’autre. Présence du corps mise en beauté, mise en scène, célébrée par le vêtement, l’accessoire, le bijou.

    En lisant vos deux textes j’ai laissé courir mes pensées et me suis souvenu du dandysme. Lequel est fréquemment confondu, par un malin détournement de la société de consommation, avec un investissement superficiel de l’apparence. Tout au contraire le dandysme est une tension à l’extrême vers un idéal esthétique et spirituel. Il représente l’amour et l’exigence du Beau comme nécessité vitale. En cherchant l’évasion il atteint les marges, il est une ex-centricité au sens de ce qui refuse le centre. Cette position aristocratique conduit inévitablement celui qui s’y soumet entièrement à une confrontation sans merci avec l’ordre social. Oscar Wilde, ou Charles Baudelaire ont cherché la beauté absolue dans ce que la société désignait alors comme la « fange ». Pour les dandys du XIX ème siècle, le raffinement vestimentaire, parfois provocant, était important car il traduisait cette aspiration intérieure sans concession.

    Peut-être est-ce un peu tiré par les cheveux, mais il me semble avoir reconnu, dans certaines facettes du Punk, une des dernières résurgences de cette aspiration, « Spleen et Idéal ».

    PS: J’ai passé beaucoup de temps, quand j’étais gamin, à rêvasser sur des pochettes de disques, tout en écoutant. Voici dans mes préférés quelques exemples où le raffinement vestimentaire me semble indissociablement lié à l’essentiel: Bob Dylan, David Bowie, Mariane Faithfull, Patty Smith, The Clash, The Cure, Alain Bashung, Daniel Darc. Jim Jarmusch pour le ciné…

  2. Gilles VIDAL · avril 14, 2014

    Merci les Petites Gueules! Je m’endors heureux du compliment. Pas sans vous dire que j’attends chaque jour avec impatience vos dernières trouvailles…

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