la gueule cassée

Essai de dialogue atomisé par la confusion des esprits plongés dans la gueule de bois

– Quelque chose s’est passé, qui nous a dépassés.

– Alors qu’on ne se bouge pas pour grand-chose.

– Enfin, pas assez.

– On se bouge pour de petites choses.

– Oui, mais nos activismes et militantismes consistent surtout en mises aux points de quelques dialogues de sourds.

– Chacun sa manière d’envisager être percutant.

– Pas limitative.

– Pas exclusive.

– Les metteurs en scène de société (journalistes, hommes politiques, pro du buzz) sont déjà suffisamment nombreux comme ça.

– Même si nous avons un cœur et des envies que ça se redistribue mieux les richesses et les légitimités.

– Nous l’avons déjà dit.

– Que ça se foute moins sur la gueule, aussi.

– Les engrenages sont de furieux mécanismes, capables de tout. Mais dépassés pour dépassés, ça monte, ça monte la petite bête qui monte et ça ne redescend pas.

– Bref, on ferait mieux de chercher notre souffle, avant de l’ouvrir, mais respirer, ça prend parfois toute l’énergie qu’on aurait pu mettre à s’exprimer.

– L’offre plus forte que la demande, c’est sûr.

– Si on peut même plus censurer tranquille…

– Y en a toujours d’autres qui l’ouvrent.

– Même Georges Clooney, il a dit qu’il était Charlie.

– Il y a une chose qui me met en colère, c’est qu’on est passé de l’atteinte à la liberté d’expression à l’atteinte à la nation France. La nation comme seul terreau de solidarité, je trouve ça odieux.

– En plus, c’est trop tard.

– C’est parce qu’on prend le temps de…

– De quoi ? De pas dire les choses ?

– Oui.

– On ne les dira pas.

– Ou trop tard.

-Moi j’aurais bien aimé raconter l’histoire d’une adolescence en province, où les dessins de Cabu et Wolinsky ont percé comme une sorte de contestation plaisante qui changeait un peu du consensus mou (c’était le genre de concept qu’on agitait alors).

– Trop tard.

– Et l’héritage de 68, ça vous parle ?

– Trop tard.

– Et puis, il peine aujourd’hui à se relever de ses propres contradictions (il est interdit de faire comme tout le monde).

– Trop tard.

– Plus la mauvaise impression que l’innovation en terme de massacre réussit toujours à atterrer son monde. (Et si on tuait des gens ciblés, pour déclencher un cataclysme émotionnel et médiatique ?)

– Des dessinateurs et des juifs, mais aussi des flics, et des gens, des musulmans, des Français…

– Encore et toujours des juifs, c’est une manie.

– Y avait aussi un économiste.

– Alors qu’on voudrait surtout que ça tourne libre.

– Une psy.

– On a oublié personne ?

– Si, les morts du Yemen et du Nigeria, mais eux, on les connaît pas.

– Au trou les formes de barbarie ou d’inégalités qui fuitent, et qui ont des affinités avec le boomerang.

– Au devant, les engagements et les élections qui auraient le mérite de transformer l’essai (le monde), par des politiques sans peur, sans concession, sans faux-fuyant.

– On en est loin.

– Trop tard ?

– Moi je voulais dire que c’est important de pas perdre son sang-froid.

– Sauf pour pleurer.

– Sauf pour se montrer remonté.

– Sauf pour aimer.

– Sauf pour saigner.

– Vous avez qu’à écouter les autres. Plus que d’habitude. Parce que c’est peut-être un problème d’écoute, aussi, cette histoire.

– Cette occaze de se retourner dans nos tombes pas encore creusées, faut pas la laisser passer.

– Même si ça jette un froid sur les morts laissées de côté, l’ampleur des réactions.

– Oui.

– Des froids, il y en a eu pas mal, d’ailleurs.

– Ceux en qui on croit pas qui croyaient plus à Charlie.

– Celui qui s’adresse à ses frères musulmans, qui dit des trucs qui font pas plaisir.

– Celui qui pose ses vraies questions.

– Les qui constatent qu’il y a des pays où aujourd’hui, il est impossible d’être Charlie.

– (On peut dire ce qu’on veut, mais ils travaillaient en équipe, chez Charlie…)

– Les qui te parlent d’eux et de Charlie, parce qu’on sait jamais, qu’on s’oublie au passage.

– Des qui ne sont pas Charlie, mais qui ont le cœur qui saigne.

– Y en a qui exhument leurs archives, parce qu’en plus d’être Charlie, c’est encore et toujours le bordel

– À nous de pas tirer dans le tas.

Les petites gueules t’invitent à jouer le jeu de la communication addictive en cliquant sur SUIVRE pour t’abonner.

2014-09-008

©EncoreUnePhotoPriseAvecUnTéléphoneDansUneRue

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s